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SACRÉ GABASTOU !
D’André Gabastou, je ne peux parler qu’en termes très élogieux. Après tant d’années d’étroite collaboration entre traducteur et auteur (il a traduit plus d’une dizaine de mes livres), il a acquis une connaissance très raffinée de ma manière d’écrire et c’est en véritable artiste qu’il résout les problèmes posés aux traducteurs par la prolifération dans mes textes de citations littéraires (vraies ou fausses). Il a une méthode infaillible – que je n’ai d’ailleurs pas saisie – pour faire en sorte que chaque problème de traduction soit une fête. Je crois qu’il me connaît mieux que je ne me connais moi-même. Je l’ai raconté plusieurs fois : je suis tombé un jour sur une longue phrase, mise en exergue dans un encadré, à la troisième page du supplément Livres du Monde. Peut-être parce qu’il s’agissait d’un thème qui m’était cher, cette longue phrase me parut fort bien écrite, dans un rythme élégant qui suscitait l’envie. Je me suis dit que j’aurais bien aimé en être l’auteur. Les mots de cette longue phrase étaient si bien choisis et l’ordonnance des propositions subordonnées si harmonieuse !
C’est à ce moment-là que j’ai découvert que cette phrase était signée de moi et qu’elle était tirée d’un de mes romans, dans la géniale traduction de Gabastou. Ce jour là, j’ai compris pourquoi j’avais en France autant de bons lecteurs et pourquoi la France me réservait un si bel accueil. « Sacré Gabastou ! » ai-je alors pensé.
Enrique Vila-Matas
(Traduction par Alain Montcouquiol)
texte publié pour la première fois dans l'ouvrage de Serge Velay, Entré de la littérature en gare de Nîmes, édition Domens, 2010
Un inédit d'Enrique Vila-Matas disponible dans le numéro 6 de la revue Hippocampe (novembre 2011) : un long extrait du Journal volubile 2. Pour acquérir ce numéro (12 euros) envoyer un message à
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