Éditorial : "Le sommeil s'empara de moi et je me mis à rêver"

 

Cette septième livraison de la revue Hippocampe est profondément marquée par un sentiment nocturne. Evitant de s’en tenir à des propositions illustratives, trop évidentes, nous avons cherché au contraire à réunir des contributions susceptibles de démontrer la complexité de cet espace/temps particulier : la Nuit.

Les essais, créations, documents, entretiens rassemblés dans ce cahier doivent éveiller des interrogations sur ce moment apaisé ou tourmenté, de repos ou de remise en question, cette phase propice à l’abandon ou favorable à l’imaginaire. Nous profitons de ce thème pour explorer une fois encore les richesses du médium « revue ». Les multiples formes littéraires et les créations artistiques ne se succèdent pas de manière aléatoire ou arbitraire, mais leur apparition est envisagée comme un montage permettant de tisser les fils tirés de chaque contribution. Certaines séquences sont dépourvues d’images d’autres ne reposent que sur elles. L’iconographie est considérée comme un véritable contenu en soi placé au même niveau que les textes (c’est le cas aussi de la couverture). Ce principe d’enchâssement des sujets au cœur d’un numéro est également valable entre les différentes parutions. Des ramifications en germe dans une livraison peuvent être nourries dans les « marges » de la suivante et, inversement, des pousses déjà bien enracinées peuvent y perdre leurs feuilles.

Dans le prolongement de notre réflexion sur la Nuit, un dossier consacré à l’écrivain Jean-Christophe Bailly permet d’aborder plusieurs aspects de sa pensée ouverte et sans limite, guidée par l’Encyclopédie de Novalis. Les questions du paysage, de l’image, de la langue, du théâtre ou du Romantisme allemand permettent d’esquisser un portrait intellectuel. Les essais et textes inédits de Bailly sont articulés par quatre estampes de Jacqueline Salmon.

A la question « A quoi bon des poètes en un temps de manque ? » envoyée par Jean-Christophe Bailly et Henri-Alexis Baatsch à 150 écrivains et artistes en 1977, Samuel Beckett répond sur une simple carte de visite : « Cher Monsieur / Wozu ? Je n’en ai pas la moindre idée. Pardonnez-moi. »[1]. Nous pourrions reprendre à notre compte cette interpellation « A quoi bon ? » empruntée à Hölderlin. Mais ne soyons pas plus bavard que Beckett et considérons que la lecture de ce numéro puisse être un élément de réponse possible. (G.P.)

 

[1] Jean-Christophe Bailly/Henri-Alexis Baastch, Wozu ?, Paris, Le soleil noir, 1978.

 

Sommaire complet

 

LA NUIT

Gwilherm Perthuis / Tout s'éteindra

Muriel Pic / W. G. Sebald

Corinne Rondeau / Béla Tarr

Laurence Cathala / Création inédite

Julia Hountou / Gina Pane

Stéphanie Sauget / Maisons hantées

Emmanuelle Castellan / Création inédite

Gwilherm Perthuis / Grégory Crewdson

Patrick Beurard-Valdoye / Poésie

Ernesto Castillo / Poésie

Marie-Laure Hurault / Coupure d'électricité (récit)

Gwilherm Perthuis / Brassaï

Hubert Haddad / Nouvelles

Hubert Haddad / Entretien

Philippe Saule / Nuits idiotes

 

JEAN-CHRISTOPHE BAILLY

Jean-Christophe Bailly / Writing about Pictures (conférence)

Dominique Conil / Le Dépaysement

Philippe Morier-Genoud / Les Céphéides

Jean-Christophe Bailly / Poésie

Henri-Alexis Baatsch / Résurgence romantique

Jean-Christophe Bailly / Carnets de B. 

 

EN MARGE

Alain Veinstein / Entretien

Robert Crumb / Sketchbook reports

Silvia Bächli, Mélanie Delattre-Vogt, Alain Huck, Jean Fabre, Nicolas Aiello, Guy de Cointet / portfolio

Florent Danne / Elias Canetti

Pedro G. Romero / Entretien

Christophe Domino et Fabien Pinaroli / Iain Baxter &: Olympique !

 

NOTES de LECTURE

Robert Desnos, Camille Saint-Jacques, Arnaud Buchs, Jean-Claude Hauc, Charles Heimberg, Georges Bataille, Peter Stamm, Gisèle Freund, Miguel Egana, W.G. Sebald.

 

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