Didier Grandsart a récemment publié un rebond dans le journal Libération suite à la réception du film Des hommes et des Dieux de Xavier Beauvois. Historien de l'art, spécialiste de la photographie de cinéma et direciteur de la galerie Obsis, il a récemment publié un livre sur l'exposition coloniale de 1931 "Paris 1931. Revoir l’Exposition coloniale" (chez FVW, 2010). Vous pouvez retrouver son texte sur le site de Libération .
Didier Grandsart a publié dans le numéro 3 de la revue littéraire et artistique Hippocampe un texte sur Antonin Artaud. A retrouver prochainement dans une version améliorée de notre site internet ou dans la version papier disponible en librairie ou par correspondance.
La galerie Obsis sera présente sur la salon Paris photo du 18 au 21 octobre au Carrousel du Louvre à Paris. Pour plus d'informations vous pouvez contacter Didier Grandsart.
Un
homme dort – la tête appuie sa joue sur le dos de la main droite – pur
effleurement – son bras replié s’accoude sur la jambe droite repliée aussi – le
buste est à la perpendiculaire de la jambe gauche étendue – bras et main
gauches soutiennent vers l’arrière à la façon d’un étai cet échafaudage tout à
la fois raide et volatil.
La vêture de l’homme détermine sa posture.
Le complet trois pièces de rond-de-cuir monté en graine et grade qu’il porte,
son improbable pose statuaire. On peut dire, qu’il décide de lui. Tout comme il
décide de la taille réduite du paysage au bord duquel l’homme se tient :
bateau sur plan d’eau aux rives d’herbe rase, qui ne saurait souffrir d’autre
échelle que celle ridicule de la maquette. Décide du fauteuil avec accoudoirs,
délocalisé de sa chambre, fleurant encore l’encaustique, et posé sur le
boulingrin comme il le serait dans un coin d’un monde-piété où les pièces ne
seront plus désengagées.
« L’habit fait le moine ». Et ce
photogramme d’insister. Lui ajoutant deux autres lieux communs, un peu remaniés :
le trait de désunion et prendre son mal en impatience. Le
résultat, comme on peut en juger, rend socialement aussi ennuyeux que
décoratif, ne change guère et malgré qu’on en ait le cours des choses – mais
soulage terriblement.
Un
homme qui crie n’est pas un homme qui souffre, mais un homme qui s’arrête. Un
homme qui crie, c’est un père qui ferme les yeux sur ce qui arrive à son fils –
non pas ogre, mais orbe. Ce faisant, il se dépouille de toute paternité. Ne
serait que prétexte une nostalgie de jeunesse motivant sa fermeture ou son
abandon. Ainsi fermé, il défait la filiation même, n’est plus le fils qu’il fut
un jour. La chaîne générationnelle par deux fois rompue, il cesse également
d’être un homme, celui qui est au principe de cette consécution, comme de
toutes consécutions (dont celle du film, de plus en plus lacunaire). A ce point
sans conséquence, il peine même à être. Ce à quoi il parvient pourtant, ce à
quoi il parviendra toujours. Mais mal. Car de l’être ne peut plus être entendu
le nom. Parce que le cri – qui n’est pas comme la musique : c’est une expiration
de ténèbres qui se condense en sons pour in-ouïr le reste. Non pas ogre, mais onde.
Chez
Hopper, l’extrême rigidité/rigueur du cadre provoque une déformation latente
des éléments qui composent le motif. Rigidité qui n’est telle que parce qu’elle
exclue et de la plus arbitraire des façons toute idée de hors-champ. Il n’est,
chez lui, de dehors que dans la bordure du cadre. Rigidité due également à son
insistante répétition dans la peinture (tableaux dans le tableau, fenêtres,
portes, tables, lits, livres, écrans, géométriques ombres portées, légère
orthogonie parfois des formes humaines comme si tout intérieure, elle
affleurait, etc.). Dès lors, autant le réalisme cinématographique de ces
éléments appelle le mouvement, autant celui-ci est-il empêché par la fermeture
redoublée de la toile, si ostentatoire qu’elle en semble le vrai sujet.
Contrainte spatiale qui induit une distorsion des lignes, d’abord imperceptible
mais qui, procédant par flux, travaille l’ensemble peint, cette naturaliste
trame d’insignifiance propre à Hopper, vers une monstruosité seconde, comme on
parle d’état second.
Charles Juliet | Résidence néo-zélandaise
Samuel Butler | Extraits de « Première année d ’un séjour dans la colonie de Canterbury »
David Collin | Mémoire des Maoris : voix mortes et têtes sacrées (Têtes momifiées - Victor Segalen - Gallipoli)
Georges Bureau | Paraterre Matchitt et Te Kooti. L’artiste et le prophète
Alice Braun | Janet Frame, icône d ’une nation en quête d ’auteur
Pierre Rissient | Autour du cinéma de Jane Campion
Len Lye | Une avant-garde du mouvement
Bruce Russell | Un métalchimiste du son
Élodie Lesourd | Hyperrockaliste
Gilles Montelatici | L’Éden en hiver : Katherine Mansfield à Menton
Camille Paulhan | Jérôme Allavena
En marge
Julia Hountou | Un théâtre silencieux, le Montreux-National acte I, scène 1-6
Jean-Claude Hauc | Zorzi Baffo, patricien et poète pornographe de Venise
Enrique Vila-Matas | Voyager autour - À rebours (inédit)
Notes de lecture
Exposition Hermann Nitsch (par Gwilherm Perthuis)
Franco Moretti | Graphes, cartes et arbres (par Gwilherm Perthuis)
Jean-Claude Hauc | Trois femmes des Lumières (par Bernard Bonavita)
Florent Danne | Ce qui reste de l’aube (par Marie-Laure Hurault)
Jean Cléder, entretien avec Michelle Porte (par Gwilherm Perthuis)
Jean-Luc Brisson | Le Paradis (par Gwilherm Perthuis)
Joël Jakubec | Le Marchand de glaces (par Solveig Pinche)
12 euros, à commander à
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Disponible à la Librairie Michel Descours 44 rue Auguste Comte 69002 LYON
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Oncle Boomee, celui qui se souvient de ses vies antérieures
de Apichatpong Werasethakul
Quelle est la vie des morts ? La vie des morts, c’est la vie des vivants. Mais que deviennent les morts quand
meurent les vivants auxquels ils sont attachés ? Ils ne deviennent pas, ils demeurent ce qu’ils sont et sans qu’il
soit nécessaire de recourir à la doctrine bouddhiste de la réincarnation : la vie des morts, c’est alors la vie de la
Totalité. Pas un cri.
La vie des morts, par le sang, c’est la vie des vivants ; la vie des fantômes, singes aux orbites dotées de
veilleuses rouges de SF des années 50, par imagination, c’est la vie des vivants ; la vie des bêtes, d’un buffle de
rizière, par souffrance commune, c’est la vie des vivants ; la vie des objets, d’un appareil de dialyse péritonéale,
par identification sociale, c’est la vie des vivants ; la vie de la nature, d’une assourdissante forêt de mousson, par
partage du même espace-temps, c’est la vie des vivants ; la vie du merveilleux, d’un étang où un poisson Napoléon
féconde une princesse défigurée, par croyance, c’est la vie des vivants ; la vie du ciel, de la lune qui se jette dans
un cirque rocheux, par principe anthropique, c’est encore la vie des vivants et la vie mutique des séquences d‘Oncle
Boomee, par affinité, c‘est aussi la vie des vivants. - Réalisme magique qui repose sur la conversion du multiple en
un. La terrorisante unité. Toujours pas un cri.