Envie d'une autre journée désespérément ensoleillée? Envie d'un moment de pur bonheur supplémentaire sur une terrasse de café puisqu'il faut, décidément, profiter de la vie? Sincèrement – n'y a-t-il pas de quoi ressentir une sorte de malaise à aborder, une fois de plus, ces sujets visiblement épuisés, à savoir les récits des déplacements géographiques et des péripéties touristiques, le tout ponctué de l'incontournable « ça fait du bien »? Fort heureusement, la monotonie estivale est finie, tant mieux. Enfin la pluie, le brouillard et la nuit en plein jour qui vous apporteront le soulagement tant attendu. Ainsi, vous ne serez plus obligés de chercher des excuses pour rester chez vous, ce qui est, en soi, déjà réconfortant. Et peut-être apprécieriez vous de retrouver des moments plus sobres et plus subtils, propices à l'écoute des musiques discrètes et moins agitées.
A ce titre, nous saluons la clarinettiste Béatrice Berne et la sortie de son nouvel album Dédicaces, entièrement consacré à son instrument de prédilection, mais en premier lieu, à son jeu instrumental exceptionnel. A travers les compositions qui lui ont été dédiées par Daniel Meier, Gilles Raynal et Jean-Marc Jouve, Béatrice Berne approfondit des univers musicaux bien distincts mais construits autour d'une contrainte commune particulière: l'écriture pour un instrument seul et l'ouverture fondamentale sur son potentiel sonore enfoui. Car, pour un instrument, c'est un véritable moment de grâce que de pouvoir sortir d'une orchestration d'ensemble, où, trop souvent, il se voit réduit à un rôle parmi d'autres...
Berlin. (un)gleichzeitiges Angela Sanmann - 2009
Français - Allemand
ISBN : 978-2-930438-31-3
64 pages - 8 EUR
Format : 10x17 CM
Angela Sanmann est une des remarquables voix émergeantes dans la jeune,
et foisonnante, poésie allemande contemporaine. Sa poésie, bien
qu’étant impliquée essentiellement dans l’univers urbain, souvent dur,
confrontée à l’histoire, aux histoires, d’une ville comme Berlin
notamment, reste toujours élégante, elle questionne et elle respire. Le
regard de la poétesse sur la ville est impitoyablement juste et sans
complaisance, mais sans jamais cependant céder en grâce dans ses
visions détaillées ; qu’il s’agisse de Berlin, qu’elle a choisi comme
ville d’adoption, ou de Paris, Lyon, Nantes, Leipzig ou encore
Bruxelles, destinations de ses nombreux voyages et de ses recherches
poétiques. Outre la confrontation lyrique avec la ville, Angela Sanmann
écrit de courts poèmes – un vrai défi, la forme courte – d’ordre plus
personnel, surgissant du quotidien immédiat, poèmes d’une douceur
froide pourrait-on dire, qui offrent des aspects du sentiment amoureux,
de la solitude aussi, ainsi que du spectre des souvenirs. Rares sont
les voix dans la poésie aujourd’hui qui, avec une telle cohérence,
sondent et lient les convulsions de nos villes à l’intime.
La revue littéraire et artistique de recherche HIPPOCAMPE sera présente à la librairie de la Biennale d'art contemporain de Lyon du 14 septembre au 3 janvier 2010.
Numéro 1 nouvelle série | 8 euros | "Grotte, caverne, souterrain"
Numéro 2 nouvelle série | 9 euros | "Perspectives helvétiques"
"Ceux qui récusent le pouvoir de conditionnement de la publicité (ses mass media en général) n'ont pas saisi la logique particlière de leur efficacité. Qui n'est plus une logique de l'énoncé et de la preuve, mais une logique de fable et de l'adhésion. On n'y croit pas, et pourant on y tient. La "démonstration" du produit ne persuade au fond personne : elle sert à rationaliser l'achat, qui de toutes façons précède ou déborde les motifs rationnels. Pourtant, sans "croire" à ce produit, je crois à la publicité qui veut m'y faire croire. C'est toute l'histoire du Père Noël : les enfants non plus ne s'interrogent guère sur son existence et ne procèdent jamais de cette existence aux cadeaux qu'ils reçoivent comme de la cause à l'effet - la croyance au Père Noël est une fabulation rationalisante qui permet de préserver dans le seconde enfance la relation miraculeuse de gratification par les parents (et plus précisément par la mère) qui fut celle de la prime enfance. Cette relation miraculeuse, révolue dans les faits, s'intériorise dans une croyance qui en est le prolongement idéal. Ce romanesque n'est pas artificiel : il est fondé sur l'intérêt réciproque qu'ont les deux parties à préserver cette relation. Le Père Noël dans tout cela est sans importance, et l'enfant n'y croit que parce qu'il est au fond sans importance. Ce qu'il consomme à travers cette image, cette fiction, cet alibi - et à quoi il croira lors même qu'il n'y croira plus, - c'est le jeu de la sollicitude parentale miraculeuse et le soin que prennent les parents d'être complices de sa fable. Les cadeaux ne font que sanctionner ce compromis.
L'opération publicitaire est du même ordre. Ni le discours rhétorique, ni même le discours informatif sur les vertus du produit n'ont d'effet décisif sur l'acheteur. Ce à quoi l'individu est sensible, c'est à la thématique latente de protection et de gratification, c'est au soin qu'"on" prend de le solliciter et de le persuader, c'est au signe, illisible à la conscience, qu'il y a quelque part une instance (ici sociale, mais qui renvoie directemenr à l'image de la mère) qui accepter de l'informer sur ses propres désirs, de les prévenir et des les rationnaliser à ses propres yeux. Il ne "croit" donc pas davantage à la publicité que l'enfant au Père Noël. Ce qui ne l'empêche pas d'adhérer tout autant unc situation infantile intériorisée, et de se comporter en conséquence. D'où l'efficacité très réelle de la publicité, selon une logique qui, pour n'être pas celle du conditionnement-réflexe, n'en est pas moins très rigoureuse : logique de la croyance et le régression."
Jean Baudrillard, Le système des objets, Paris, Gallimard, 1968, p. 232-234.
L'Avventura. - L'amour, dit-on, serait notre seul contretemps -
ce temps à l'arrière-plan du temps et lui tournant le dos. Lui seul, en dépit
de son petit et grand guignol, serait en mesure de provoquer une syncope dans
les cours jumeaux, a priori si bien réglés, du sang et des échanges (ce soir,
ici, qui n'est pas l'Avventura, qui
n'est pas Lipari, qui n'est pas Monica Vitti, ce soir, ici, petit port de pêche
du sud, chacun flairant les chaleurs de l'autre en plein négoce de nuit sous
une pluie dont on aurait pu compter les gouttes.)
Le coma bref des baisers, la disparition amoureuse dont la convention
veut qu'ils fassent un instant vaciller la colonne des chiffres, la
méta-humanité promise et le gène prédisposant au cancer, Antonioni les filme
comme une scène d'épouvante - et ce n'est plus qu'épouvante contre épouvante,
soudain, épouvante des émois contre épouvante des économies, celle du corps et
celle des marchés, résultat d'un froid mouvement de désolidarisation, tout en
faux raccords et silences, où se reconnaît la marque hautaine du
ferrarais : un autre sorte de contretemps - on n'avait jamais vu ça.
Antonin Artaud pourrait être qualifié d’auteur de la déchirure. Il témoigne d’une amitié et d’un intérêt pour trois artistes revendiquant leur pratique figurative de la peinture dans les années 1930 : Francis Tailleux, André Marchand et le nancéen Francis Gruber. L’auteur du Théâtre et son double croque les trois peintres qui furent marqués par la déchirure du nazisme : un dessin à l’encre sur un vieux morceau de papier jauni qui figure aujourd’hui dans l’importante rétrospective consacrée à Gruber.