Inscription newsletter




feed image

Articles similaires

CREATION | Hippocampe n° 3 | Kris Martin et Bertrand Lavier Version imprimable Adresse mail

idiot a bas def.jpg

 

 

Je m'appelle Martin… oeuvres de Kris Martin et de

Bertrand Lavier

 

Depuis la fin des années 1990, la signature du commissaire d’exposition est quasiment autant mise en valeur et remarquée que celle de l’artiste ou du thème présenté (Heinich, 2008) ; toutefois durant le XXe siècle les œuvres d’artistes prenant la forme d’expositions ne sont pas des cas isolés (Broodthaers, Spoerri…). L’artiste français Bertrand Lavier (né en 1949) a endossé le rôle de commissaire comme geste artistique, en produisant une rétrospective sur « La peinture des Martin de 1603 à 1984 » pour la Kunsthalle de Berne (1984). Comme le relève Jean-Hubert Martin préfacier du catalogue de l’exposition : « l’œuvre émane désormais de la présentation d’objets dans un certain ordre assemblé ». Cette œuvre questionne clairement le symptôme cartel et remet en cause le fait que le regardeur puisse s’intéresser à la signature avant de se pencher sur l’objet artistique. La référence à l’auteur est pleinement libérée dans un tel système. Réunir des peintures réalisées par des artistes portant le patronyme « Martin » c’est s’assurer que le visiteur ne se demandera pas qui a peint quoi. Martin est le patronyme le plus répandu dans le monde occidental et se fixe ici comme condition de base pour le rapprochement aléatoire de peintures. Lavier prend ce prétexte pour brouiller les pistes entre les deux principaux modèles d’expositions : thématique ou monographique. Son choix est dans une certaine mesure monographique en regroupant une même signature au travers de personnalités très différentes, mais le traitement du critère patronymique dérive vers une forme de thème. L’exposition regroupait des productions aussi différentes qu’un Portrait de Turner par Charles Martin, une Femme nue par le lyonnais Jacques Martin, ou un paysage de René Martin influencé par Ferdinand Hodler…

L’artiste belge Kris Martin (né en 1972) aurait pu être sélectionné pour cette exposition. Particulièrement avec une œuvre dans laquelle il utilise son nom comme activateur principal de la pièce. L’idiot consiste en la copie autographe de la version anglaise intégrale de L’idiot de Dostoïevski. Mais dans le manuscrit qu’il rédige en 2007, Martin remplace le nom du prince Mychikine (protagoniste principal) par le sien. Il s’approprie le texte, perturbe la narration, opère des dérivations de sens, et l’actualise en le signant à chaque occurrence du nom ainsi qu’à la dernière page de ce volume de 1494 feuilles (comme revendication de l’œuvre). Le manuscrit est présenté en pile dans l’espace d’exposition et ne peut donc pas être perçu instantanément pour sa valeur littéraire, tandis qu’il se meut en objet tridimensionnel : une sculpture. Ce travail lance un pont entre les conditions spécifiques de la littérature et celles des arts visuels, en prenant comme base commune une réflexion sur la paternité de l’œuvre et la question de l’authenticité de l’objet. En le réécrivant à la main, Kris Martin réinvente le texte du XIXe siècle et le métamorphose en une nouvelle œuvre, dont on ne peut lire l’ensemble des pages mais dont nous sommes invités à comprendre les conditions de sa réalisation.

 

GP

 

 

Texte à découvrir au sein du très riche numéro d'Hippocampe consacré à la Signature |avril 2010 | 160 pages | 12 euros.

Librairie Michel Descours Lyon | Librairie La Hune Paris | Librairie Le Rameau d'or Genève | par correspondance.

 

 

 

 

 

 

 
© 2012 Hippocampe
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.