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CRITIQUE | La plasticité du dessein de Beccafumi Version imprimable Adresse mail

par Gwilherm Perthuis

 

beccafumi_-_tete.jpgLe Musée du Louvre prolonge sa série d’expositions monographiques d’art graphiques composées essentiellement de pièces lui appartenant, en exposant jusqu’au 21 septembre prochain les dessins du siennois Domenico Beccafumi. Ces événements qui demeurent simples et convenus dans l’accrochage et dans la conception, puisqu’ils sont articulés autour d’un corpus prédéfinis, n’en sont pas moins importants pour reconsidérer le travail graphique d’un artiste important bien représenté au Cabinet des estampes du Louvre.

Les expositions donnent lieu à la publication de catalogues (coédités avec 5 Continents) qui mettent en lumière l’importance du fonds du musée par rapport au corpus général de l’artiste étudié, et offrent des notices récentes sur des œuvres sur papier qui bien souvent documentent des œuvres de commandes peintes très importantes.

 

Dominique Cordellier assure le commissariat de l’exposition Beccafumi ainsi que la direction du catalogue, dans lequel il publie une longue introduction qui fixe bien les enjeux du travail de l’artiste siennois. Cordellier insiste en particulier sur les inventions plastiques déterminées autour de 1514 après un long voyage à Rome qui lui permît de découvrir la grâce de Raphaël dans les stanze du Vatican et la teribilita de Michel Ange venant à peine d’achever la voûte de la Sixtine : Beccafumi inventant des systèmes de figurations pouvant condenser ses deux approches données comme divergentes par Giorgio Vasari dans ses célèbres Vies de plus importants peintres, sculpteurs et architectes.

 

Toute l’histoire de l’art inventée par Vasari, qui débute selon lui en 1350 et s’achève avec Michel Ange en 1550 lorsqu’il publie la première version de son livre, est une invention intellectuelle qui vise, par la succession de courtes monographies, à développer un système d’évolution de l’art, du primitif à la pleine maturité et au déclin, dans lequel Becaffumi a toute sa place. Dans l’édition de 1568, Vasari fait l’éloge des qualités du siennois et utilise son parcours artistique et son style particulier comme une des pierres de l’aboutissement de l’art à sa pleine maturité. Il est également le premier à mettre en évidence ses qualités exceptionnelles de dessinateur. L’intérêt que Vasari porte à Beccafumi dépasse ainsi le strict cadre biographique, en se manifestant également dans le célèbre Libro de’ Disegni que le florentin compose en vue de réunir les meilleurs morceaux graphiques de son temps. Vasari consacre plusieurs planches à Beccafumi en réalisant des montages de plusieurs dessins sur une même page et en dessinant à la plume des structures architecturales qui permettent de coller sur une feuille trois dessins en triptyque par exemple. Un belle illustration dans l’exposition du Louvre avec trois dessins qui étaient montés dans une même composition tripartite : un Hercule de dos renvoyant à la terribilita d’un Michel Ange, de par la musculature portée par un usage saisissant de la chiaroscuri et deux Vénus de face dont l’une tient plus du fragment antique, qui elles renvoient à la grâce. Ces dessins sont utilisés par Vasari pour tenir un discours sur l’œuvre graphique de l’artiste, le montage des images dans le livre permettant de légitimer la démonstration d’une synthèse opérée par Beccafumi entre la force et l’amour, le clair obscur dramatique et la vibration légère du trait. Ces montages réalisés pour des dizaines d’artistes sont à mettre en relation avec les essais de rapprochement typologiques de l’historien de l’art Aby Warburg au début du XXe siècle dans son Atlas Mnémosyne.

 

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Nous l’avons déjà évoqué, l’exposition du Musée du Louvre est une occasion exceptionnelle de découvrir une quarantaine de dessins en très bon état puisqu’ils viennent d’être restaurés, et de comprendre les inventions plastiques de Beccafumi. Il développe un travail à la plume sur des réseaux de lignes obliques, des écheveaux entrecroisés, qui permettent de figurer les détails des surfaces représentées tout en ne saturant pas la feuille et en donnant une forme de transparence aux sujets. La densité du maillage et la direction des lignes composent avec une certaine économie de moyens les surfaces et les volumes. Un autre système de signes est chargé de définir les contours des figures et de les cerner sans les enfermer : le principe de la ligne tremblée non continue. Le trait suit constamment une ligne courbe et s’interrompt à de très nombreuses reprises pour produire un effet de vibration, le sujet n’étant pas enfermé dans ses contours trop précis, mais il est placé dans un mouvement permanent, une agitation constamment entretenue. Beccafumi n’a cessé de répondre à des commandes prestigieuses et officielles, en particulier au Duomo de Sienne pour le pavement, les peintures, et les sculptures, pour la Palazzo Publico de la même ville et pour le Duomo de Pise… L’iconographique qu’il développait était donc relativement conventionnelle et dans les canons de l’époque, mais c’est véritablement dans la définition spécifique de son dessin/dessein (disegno) qu’il réussit à mettre en scène les thèmes avec une grande audace et une forme de génie. C’est par le travail graphique qu’il a certainement apporté un dynamisme et une richesse à sa peinture.

 

L’exposition le démontre relativement bien. Nous sommes toutefois souvent déçu par ces expositions monographiques axées seulement sur une collection. Elle pourraient gagner en richesse intellectuelle si elles s’ouvraient à quelques prêts importants des collections londoniennes, berlinoises ou italiennes, afin de rapproches des dessins et de créer des chevauchements difficiles à opérer seulement par la comparaison d’images dans les livres.

 

 

 

« Domenico Becafummi »

Commissariat Dominique Cordelier

Musée du Louvre Paris, jusqu’au 21 septembre 2009.

Catalogue édité par le Louvre et 5 continents, 82 pages, 20 euros.

 

Site internet du Musée du Louvre 

 

 
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