Peut-être
faut-il chercher du côté de la littérature et de la peinture ce qui, exceptant
son contenu, caractérise l’image de cinéma. On dira qu’on éprouve à son contact
la langueur du monde oblomovien, tel que décrit par Gontcharov. Monde qui dans
ce cas emprunte formellement à la somnolence quiète dans leurs chairs
graisseuses-osseuses des personnages de Lucian Freud. Eux qui s’oublient sur
des lits comme après s’être fait vomir à l’antique avec des plumes. Saisie en
plongée, leur disgrâce physique, adipeuse, s’épanouit en fleurs de bégonia qui
occulte l’espace de ses bourrelets, s’étale si bien qu’elle semble de sa calme difformité
composer le cadre même ; squelettique, grave sur bois de fil la surface
qui énerve le regard-spectateur parce que celui-ci n’y trouve aucun accueil ni
place. Saisie en contre-plongée (plus rarement), elle toise, surprise et sans
s’attarder, yeux voilés dans une amande de graisse ou bien enfoncés dans les
cavités orbitales, le passage des humains de l’autre côté de la toile, leurs
têtes payantes sous le joug de l’apprentissage à vie. – Cinématographie.