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(C)Sinécure par Jacques Sicard - Film Socialisme Jean-Luc Godard Version imprimable Adresse mail

Textes de Jacques SICARD

 

  Film Socialisme

                                                                  de Jean-Luc Godard

 

 

   

I

 

   Des choses, des animaux, des enfants. – Est-ce que cela importe encore à près de quatre-vingts ans et qu’occupe l’idée de filmer le contretemps du temps – tout ce qui l’affaiblit ou l’ensilence, en rend inopportune la cadence ou le dérange d’un accident, comme le passage subit de l’action à l’inaction ?

   Des paroles. – Si nul ne trancha entre la photographie qui sidère et extrait, et la cinématographie qui ressuscite  et dépayse – fut préférée la parole ou la pensée qui apaise et terrorise – au pouls qui agite et cyanose – au paysage qui enjôle et fermente – à la patrie qui saoule et emploie.

   De l’or, des salauds, des histoires. – A ce propos, le capital n’est rien d’autre que le résidu accumulé du travail. Il convient d’en redire l’évidence, même la bouche occupée à fumer des mauves ou presque. Et si ce résidu est, comme on sait, le calcul d’un vice, c’est parce que le travail en soi n’est que l’effet d’une tare. Entre ce vice et cette tare, l’histoire d’une connivence à conter l’hiver aux crépuscules prématurés. Hell as.

   Des légendes. – Son amour, il l’avait enfermé entre quatre murs. Chambre nuptiale où la porte ramenée contre son cadre et la clef tournée étaient à chaque fois un rite de conjuration instinctif. Lui et sa mie ne savaient du dehors, outre le pain et le lait, que la pluie continue sur les vitres. C’était un tort de ne connaître que l’apparence météorologique, fût-elle aimable, de l’adversaire. Il l’apprit peu à peu une fois seul et célibataire, abandonné par son cœur jumeau. Fidèle à ce qui fut l’objet d’une grande méprise, à même une cloison nue, sa barricade, il a tracé la carte d’un mot inconnu : Socialisme – puis, après repentir : Anarchie

 

 

 

II

 

   Film Socialisme. On remarquera l’absence du « et », la conjonction  chère à Godard. Toujours, chez lui, le montage qui châtie la continuité. Autrement dit, la guerre d’une certaine forme de silence et de mépris en réponse à la douce tuerie d’aujourd’hui. Toujours le montage, mais aujourd’hui s’appuyant sur un mouvement stroboscopique qui tend à fixer quelque chose.

   On ne peut avoir satisfaction, il n’y a aucune raison d’arriver à satisfaction, pas plus qu’il n’y a en une de s’apaiser – en attendant, on prendra la couleur des murs, ce blanc de papier qui s’intercale entre Film Socialisme. Est-ce ce « blanc » qui est fixé ?
 
 
 

Film Socialisme

de Jean-Luc Godard

 

   1/ Politique de l’éxécration. L’humanité fait mal. L’idée sous-jacente à cette partie du film : au prétexte d’une « crise structurelle » qu’elle nous sert sur un plateau, charger ladite engeance à bord d’une embarcation fortunée, contemporaine Arche biblique et, de façon aussi peu symbolique que possible, la naufrager au milieu de l’océan comme une de ces migrantes embarcations de fortune qu’elle aura ignorées.

 

   2/ Dialectique de la tension. « L’union parfaite de deux voix empêche, somme toute, leur progès l’une vers l’autre » est-il dit. Donc, supprimer la rencontre dont l’union procède, c’est favoriser la convergence des voix. Mais convergence devenue indéfinie, le mouvement n’aboutissant plus. Soudain, alors, la distance : aussi bien qu’on l’use, il y a toujours un reste et vient un moment où ce reste ne peut plus être réduit. Idéal de la relation, à l’ombre de Zénon l’éléate ?

  

   3/ Technique du courant d’air. A considérer l’oppression, la sensation d’asphyxie qui saisit à la vue de ce tête-à-tête entre un état des choses saturé d’informations, de faits, de sens, de gens, de villes, d’histoires et la machine à découdre du montage sans tissu conjonctif du dernier voire ultime Godard, on se dit que si ici désir il y a, ce n’est pas le désir de combler un manque, mais le désir de faire un trou dans le trop-plein du tout.

 

 

 

 

 

 

 

                 Film Socialisme                

 de Jean-Luc Godard

 

 

   Un jour de mai, à midi, près de la Méditerranée où l’on peut vivre à la façon de l’Arlésienne du conte, en s’absentant, à cent mètres à vol d’oiseau de la mer, le vol de l’oiseau sur cet empan de ciel était celui d’un couple de corbeaux, inhabituels leur cris avaient alerté, bien surpris et longtemps rendu heureux.

  Puis le deuil tardif de l’hiver fut plein de stridences d’hirondelles – qui ailleurs étaient mortes de faim à cause de la mauvaise volonté du printemps. Certains n’étaient point contre, n’aimant que leur stylet noir détouré sur le bleu.

   Ils leur auront substitué la chouette-effraie à laquelle le Godard de Film Socialisme, lui qui en est pourtant avare, offre assez de temps pour que le vent (de l’Histoire ?) soulève ses plumes, qu’elle se tourne pour en voir s’éloigner le remous et qu’elle revienne coller son aréole de Dame blanche contre la surface érectile de l’écran, (peut-être aussi qu’elle l’y colle parce que, comme elle qu’éblouit la lumière naturelle, cette surface est photophobe, elle ne tolère que l’éclat des prunelles). 

 

 
 
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