(C)Sinécure - Jacques Sicard - Partie de campagne de Jean Renoir
Partie
de campagne
de Jean Renoir
Comme le poisson sortant de sous la feuille
du nénuphar, cette femme et cet homme n’étaient que l’expansion d’un point –
auquel ils revinrent ensemble, bien avant l’heure du chat, mort dans son
sommeil, lové au creux du petit panier rond. A ce point originel, ils revinrent
par un baiser.
On aura eu beau parler à propos de Partie
de campagne, sa luxuriante beauté naturelle, de la fidélité de Jean
Renoir à son père et à l’impressionnisme – ce baiser luxurieux, au secret d’une
île, qui prélude à l’inachèvement du film, semble au contraire nous en éloigner
au moyen de deux trois conseils :
marchez sans bruit – fraîcheur qui trame
l’air tiède de l’après-midi, plus désirée que réelle, iris, roselière, terre
moussue, et là, fermez à clé ; plongez vos yeux – dans ceux de l’autre,
migraine ophtalmique, et là, tenez le symptôme pour une chance ; ne bougez
plus – la nuit va se séparer du jour, le côté cour et le côté jardin de toujours,
et là, liez vos lèvres amoureuses par un nœud qui étrangle les roseaux.