L’Eclipse – longue séquence de fin, qui suit la progression du
crépuscule, avec silhouettes éparses, pressées de disparaître : 42 plans
en 7 minutes – les deux chiffres (7 et son multiple 42) sont climatériques,
selon les anciens, à savoir chargés de menaces, lourds de dangers – cela qui
s’accomplit au quarante-troisième et dernier plan : l’éclipse inversée, la
lumière artificielle d’un réverbère qui occulte toute la nuit, intérieure et
extérieure, présente et à venir.
Un peu avant, Antonioni croise les
persiennes sur la beauté assonante de deux yeux féminins qui alternent avec
deux yeux masculins, dans une pièce obscure où les corps se sont vite baisés et
aussi vite débaisés. En légère contre-plongée, on les devine. La demi-nuit de
leurs visages frappée à l’oblique par une lumière qui n’est pas plus celle du
soleil dont les rayons se faufilent mal entre les lamelles des volets, que
celle des Cieux de l’Art sacré. C’est le reste de leurs caresses qui luit et
c’est ce reste qui se réfléchit dans leurs yeux. Et qui brûle désormais sans
que plus rien ne l’alimente. Brûle comme brûle, vingt-quatre heures sur
vingt-quatre, l’ampoule grillagée d’une cellule de privation sensorielle.