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Disques et sémaphores - Musée Léger Le Biot Version imprimable Adresse mail

Disques et sémaphores : une exposition exemplaire 

Certaines expositions thématiques s’ouvrent à un champ tellement large qu’elles finissent par admettre des propositions artistiques n’ayant pas grand-chose à voir entre elles et ne parviennent pas à produire les effets projetés lors de balbutiements de la construction d’un projet. La démonstration se dilue. Elle admet tout et perd de son efficacité.

L’historien de l’art et professeur à Paris IV Arnauld Pierre a préparé une exposition thématique sur le disque et le sémaphore, qui au contraire produit beaucoup de sens dans les salles du Musée national Fernand-Léger au Biot. Resserrée autour de la figure de Fernand Léger sur lequel le commissaire avait déjà travaillé, l’exposition questionne le langage du signal dans sa peinture, ses films, et dans les œuvres de ses contemporains. Le disque, le phare, le signal clignotant ou illuminé, le repère visuel signifiant, le pictogramme ou l’enseignsont autant de figures plastiques, ayant bouleversé le paysage urbain et qui permettant d’échafauder une réflexion assez originale sur les avant-gardes en confrontant des œuvres contemporaines rangées habituellement dans des catégories trop segmentées. La peinture de Léger est particulièrement marquée au début des années 1920 par des disques ou des formes abstraites ayant valeur de signes. Les constructions mécaniques tirent leurs modèles des machines du monde moderne identifiées par leurs rouages mais surtout par les signaux lumineux. L’essor du chemin de fer est également un repère non négligeable pour comprendre l’intérêt pour ces formes abstraites réinterprétées en peinture. En cela, le catalogue de l’exposition est particulièrement efficace lorsqu’il confronte des autochromes de Léon Gimpel représentant les signaux sur les voies ferrées (publiés dans L’Illustration en 1914) et une toile de Léger intitulée Le passage à niveau (1919) dont la surface est saturée par les signaux, les barrières, les feux, que la construction ramènent à la frontalité du plan du tableau. L’œuvre multiforme de Léger permet de dériver vers la photographie, le cinéma, ou l’architecture, mais également aux nombreuses revues d’avant-garde qui se penchent sur les mêmes enjeux plastiques. Le travail sur les formes géométriques, sur les rythmes, sur les compositions de motifs créant un effet de mouvement ou susceptibles de le schématiser sont à chercher tant dans les œuvres orphistes de Robert et Sonia Delaunay, dans des photographies de Raoul Hausmann ou dans les décors de L’Inhumaine de Marcel L’Herbier dont les décors avait été confiés à Léger… Mais l’exposition explore également la situation du Bauhaus, des publications, enseignements, affiches, architectures qui sont produits dans son sillage. Cette ouverture permet de mieux revenir vers les bâtiments de Malet Stevens ou le travail des graphistes à partir des années 1960. L’univers visuel concerné par l’enjeu des signaux lumineux est finalement extrêmement large et s’avère être une excellente porte d’entrée pour mieux cerner et comprendre les enjeux qui traversent la modernité entre 1920 et 1960. Les rapprochements sont audacieux dans l’exposition.

Le catalogue est par ailleurs une compilation d’essais inédits remarquables pour appréhender plus en détails ces questions. La présence de l’écriture dans l’art par exemple est remise en contexte d’une manière remarquable par Roxane Jubert et le texte général d’Arnauld Pierre sur le signal comme outils de langage universel dans l’art moderne fixe parfaitement la multiplicité des questionnements qui découlent du chapeau principal de l’exposition. Enfin, cet événement permet de découvrir les œuvres d’artistes peu montrés en France tels que Gerd Arntz, Félix Aublet ou Nicolas Schöffer… Il est sans doute un petit peu décevant de ne pas avoir réunit davantage de peintures d’Auguste Chabaud, artiste oublié qui a pourtant réalisé des travaux précoces sur le sujet retenu par l’exposition, en présentant de manière frontale dans une facture fauve des panneaux de signalisations comme unique iconographie.

 

G.P.

 

Disques et sémaphores. Le langage du signal chez Léger et ses contemporains.

Commissariat Arnauld Pierre

Jusqu’au 11 octobre 2010. Musée national Fernand Léger, Le Biot.

Catalogue de 150 pages, édité par la RMN, 45 euros

 
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