Florent Danne | Ce qui reste de l'aube | éditions La Rue de Russie | 2010
Une chambre d'échos
par Marie-Laure Hurault
Florent Danne
Ce qui reste de l’aube
Éditions La Rue de Russie
17 euros
« C’était un de ces matins
qu’il disait fait pour partir. » Ce
qui reste de l’aube est le roman d’une amitié entre le poète Rainer Ernst
et le logicien Franz Stefan. De la logique des dérivées à la dérive des
pensées, c’est la cohérence du monde qui se joue. Pour Franz, sans doute
faut-il l’ordonner et approcher la vérité par la raison. Pour Rainer, il ne
s’agit pas tant de fixer le monde que de le saisir en mouvement. Franz finit
par mettre ses pas dans ceux de Rainer : sa vie à Ibiza, sa femme Ottilia,
sa fille Lucie, sa passion pour la peinture italienne. Accompagner et rejoindre
Rainer, c’est partir à la recherche d’une promesse, c’est rencontrer les anges
et accéder aux noms secrets. Comme dans une chambre d’échos, se croisent Aristote,
Goethe, Hölderlin, Fra Angelico ; Benjamin et Wittgenstein, réminiscences
fugitives. Florent Danne nourrit sa fiction d’emprunts au réel, les convoquant,
les modifiant, les contrariant par la réalité de ses personnages, tissant des
liens explicites ou souterrains pour explorer un territoire, un lieu où autre
chose advient. Aussi n’hésite-t-il pas à citer en épigraphe de son roman un
extrait d’un poème de Rainer. « Attends-toi à ce que je vienne /
M’éloigner dans le matin. / Nous joindrons nos mains / Comme deux marionnettes
en prière, / La joie sera pour nous / Et le reste de l’aube. » Rainer
Ernst, « Danses païennes », IV.
L’écriture de ce jeune auteur né
en 1978 est aussi libre que dans une série de métamorphoses : récits,
articles de traité, poèmes, lettres. Dans Ce
qui reste de l’aube, si une vie n’est jamais loin de sa fin, elle devient
une fenêtre ouverte sur le monde et voisine toujours avec l’art.
Ce roman est publié par les Éditions
La Rue de Russie, maison d’édition fondée en 2007 et consacrée à la publication
de fictions contemporaines.