Le
cinéma américain des années 1950-60, indépendamment de ses contenus, a su créer
de merveilleux espaces intimes que l’idéologie vendait clés en main comme des
appartements dont le bonheur d’y vivre se payait sans exemption possible d’obligations
et commerce inhérents à la vie en société, mais que l’esthétique changeait, par
réductions successives dues au travail sur le cadre, le décor, la lumière, les
angles de prise de vue limités, en la douceur de l’attente propre aux chambres
célibataires.
Le personnage participait à cette conversion
et ce cinéma-là poussa très loin la singularité de celui-ci. A priori,
échantillon sans nuance d’une classe moyenne destinée à mettre sous l’éteignoir
toute espèce d’antagonisme, sa seule présence dans une habitation, une pièce
domestique, suffisait à la rendre au vacant, à l’oisif, à l’inemployé. Comme si
passant de l’être humain naturellement disgracié, migraineux, vil ou
contrefait, un parmi les futurs soins palliatifs, toutes qualités nécessaires à
la dramaturgie – comme si passant de l’homme au personnage, il devenait et
produisait un no man’s land, une existence retenue, au creux de l’alcôve où
l’ombre s’orne d’une peinture.