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Jacques Sicard | Werasethakul Version imprimable Adresse mail
Oncle Boomee, celui qui se souvient de ses vies antérieures

de Apichatpong Werasethakul

Quelle est la vie des morts ? La vie des morts, c’est la vie des vivants. Mais que deviennent les morts quand
meurent les vivants auxquels ils sont attachés ? Ils ne deviennent pas, ils demeurent ce qu’ils sont et sans qu’il
soit nécessaire de recourir à la doctrine bouddhiste de la réincarnation : la vie des morts, c’est alors la vie de la
Totalité. Pas un cri.

La vie des morts, par le sang, c’est la vie des vivants ; la vie des fantômes, singes aux orbites dotées de
veilleuses rouges de SF des années 50, par imagination, c’est la vie des vivants ; la vie des bêtes, d’un buffle de
rizière, par souffrance commune, c’est la vie des vivants ; la vie des objets, d’un appareil de dialyse péritonéale,
par identification sociale, c’est la vie des vivants ; la vie de la nature, d’une assourdissante forêt de mousson, par
partage du même espace-temps, c’est la vie des vivants ; la vie du merveilleux, d’un étang où un poisson Napoléon
féconde une princesse défigurée, par croyance, c’est la vie des vivants ; la vie du ciel, de la lune qui se jette dans
un cirque rocheux, par principe anthropique, c’est encore la vie des vivants et la vie mutique des séquences d‘Oncle
Boomee, par affinité, c‘est aussi la vie des vivants. - Réalisme magique qui repose sur la conversion du multiple en
un. La terrorisante unité. Toujours pas un cri.

Jacques Sicard

 
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