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Jacques Sicard - Eraserhead de David Lynch |
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Eraserhead
de David Lynch
Dans
la pensée, le mouvement précède de quelques centaines de millisecondes la force
qui le produit. Paradoxe qui tient à ce que cette force n’est que l’indolence
d’une absence de conviction. On ne dira jamais assez le manque d’enthousiasme à
être de la pensée. Ce qui l’apparente au regard. Qui n’aime rien tant que vivre
par procuration.
David
Lynch plante sa caméra au cœur même de la dérobade de la pensée. La langueur du
mouvement psychique y adopte d’emblée toutes les apparences de l’épouvante.
Pourquoi ? Par prudence. L’effroi étant socialement plus acceptable que
l’ennui. Toujours moins scandaleux de terroriser comme tout le monde que de se
faire chier comme pas un. On évite ainsi bien des tracasseries.
La
mélancolie réelle fait que l’usine-monde représentée en esprit, avant même que
d’être active, est déjà dans l’abandon de ses ruines. La sagesse feinte la
laisse hantée par la mémoire sonore de la litanie des ahans, mêlée au vent
coulis sous les portes, nécessaire à sa durée d’exploitation. – Mais ce vacarme
industriel manque d’envie, tout rechigne en lui et, non, rien ne peut faire qu’il
ne sente le lit.
Jacques Sicard
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