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« Les symboles nous échappent, mais nous ne
leur échappons pas »
Robert Desnos, Ecrits sur les peintres, Paris,
Flammarion, collection, « Champs arts », 283 pages, 9 euros.
Chez Robert Desnos écriture et
dessin ne font qu’un. Un immense rébus qui dérive entre le poème et la
caricature, entre le croquis et la fiction biographique, par l’association de
signes graphiques formant des mots et de textes faisant images. L’éditrice des Œuvres de Desnos republiées en 2011 (« Quarto », Gallimard),
Marie-Claire Dumas, propose un volume inédit réunissant ses écrits consacrés
aux peintres. Organisés selon un ordre strictement chronologique, les articles
de presses, de revues ou de catalogues témoignent d’un intérêt marqué et
constant pour la peinture. Mais la lecture continue du livre permet de faire
ressortir des inflexions dans le regard posé sur les œuvres d’art et met en
évidence une évolution dans le choix des sujets, du point de vue privilégié
pour les aborder.
Dans les années 1920, Robert Desnos
s’intéresse particulièrement aux expériences surréalistes qui brouillent les
frontières entre écriture et représentation graphique, en particulier avec les
dessins hypnotiques conservés à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet.
L’ouvrage en reproduit plusieurs dans un cahier iconographique. Les cinq
versions d’une préface pour une exposition de Marcel Duchamp, conçues comme un
tout, sont particulièrement remarquables. Les articles sur Man Ray et Francis
Picabia sont nombreux, ponctués de formules qui font l’intérêt de la
littérature de Desnos : « Il n’est pas donné à tous de vivre, comme
Picabia, la vie comme un belle aventure ».
Certaines déclarations sont très
péremptoires. Des propositions manquent de nuance. Mais Desnos voit souvent
juste et digresse régulièrement pour plonger son sujet dans un terreau culturel
et historique nourrissant. Pour défendre la peinture de Per Krohg au début des
années 1930, il n’hésite pas à convoquer « le Nord lointain » et à
comparer son engagement à « l’ardeur que les Vikings mettent à vivre
perpétuellement dans les antichambres de la nuit absolue. » Quelques
essais consacrés Picasso sont assez savoureux, mais nous souhaitons renvoyer
nos lecteurs au texte « Au pied du mur », magnifique réflexion universelle
sur l’inscription lapidaire. (GP)
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